Si tu veux, tu peux

Car le chemin continue… p.25

Un jour, j’avais quatre ans et je m’en souviens comme si c’était hier, nous étions à la Samaritaine, un grand magasin parisien. Maman voulait m’offrir un jouet, car je m’étais bien laissée soigner lors de ma bronchopneumonie. Je revois ces immenses étagères emplies de poupées de toutes tailles, des brunes, des blondes, des frisées, vêtues d’habits qui me paraissaient somptueux. Quand soudain je le vis, ce petit baigneur tout nu, asexué, les yeux noirs, la bouche entrouverte. Il avait l’air si malheureux au milieu de ces petites merveilles ! Je le voulais, lui et pas un autre ! Maman fit tout pour m’en détourner. Non ! Lui ou rien !

Revenue à la maison, je décidai que c’était une fille et m’empressai de la baptiser Micheline, de l’habiller, de la câliner. Quelque temps après l’arrivée de Micheline, maman me demanda de la coucher dans son landau de poupée :

lapin– Va porter ce petit panier d’épluchures à ta grand-mère, pour ses lapins.

Me voilà partie. Il vente terriblement. Je panique, m’agrippe à un poteau électrique en bois et me mets à crier. Crescendo. Je hurle à pleins poumons. Maman finit par m’entendre et ouvre la porte :

– Qu’est ce qui te prend ?

– Je ne veux pas aller au ciel avec mon panier d’épluchures !

– Ben, pose-le, nigaude !

Et elle rentre, me laissant seule avec mon problème et le vent mugissant !

Bien sûr, j’ai fini par me décider à lâcher mon poteau et, serrant bien fort le panier, à courir jusque chez mes grands-parents tout en longeant les clôtures des maisons.

À mon retour, maman m’a-t-elle fait un sermon sur les peurs irraisonnées, l’inutilité des pleurs et des hurlements devant un problème ? Je n’en sais rien, mais je suis à peu près certaine que j’ai dû entendre pour la première fois ce refrain qu’elle m’a répété tout au long de mon enfance, de mon adolescence et de ma vie d’adulte : « Si tu veux, tu peux. »  Aujourd’hui, alors que j’approche quatre-vingts ans, en racontant cette anecdote il me semble la voir sourire, là-haut, et me dire :

– La preuve, c’est que tu as porté les épluchures aux lapins de ta grand-mère, et que tu es revenue saine et sauve ! Quand on veut, on peut !

ligne-grise

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