Paix à toi, Monsieur l’officier

Paix à toi, Monsieur l’officier

 Paris. 1944. La France est occupée. Nous n’avons presque plus rien à manger. Ce jour-là, je suis allée chez ma tante et dois rapporter à la maison une valise de gros sel que ma mère échangera contre un peu de beurre et, si elle a de la chance, un peu de viande. Nous habitons en banlieue.

 Arrivée à la gare: plus de train. Les Allemands ont réquisitionné les voies pour leur propre usage. Je prends l’autobus qui me laisse à huit kilomètres de chez nous. Un bien long trajet avec une valise si lourde! Stoïque, je pars. Pour me reposer, je suis obligée de m’arrêter tous les cents mètres.

valise

 

_  Où allez-vous comme cela, Mademoiselle? Et qu’avez-vous dans cette valise?

Un bel et grand officier allemand se penche vers moi et me parle dans un français impeccable. Je sais que je risque l’arrestation et, avec ma mère, le camp de concentration.

 

Je suis terrorisée, mais essaye de ne pas le montrer.

_  Je reviens du lycée avec mes livres et il n’y a plus de train pour Villeneuve-Saint-Georges .  

_  Donnez-moi cette valise. C’est bien trop lourd pour vous. Quel âge avez-vous?

_  Treize ans

_  Incroyable .

Et l’officier, portant ma valise, m’accompagne jusqu’à chez nous.  Arrivés à la maison, je sonne. Ma mère pâlit. Très vite je dis :

_  Maman, cet officier m’a aidée à porter ma valise de livres

_  C’est très gentil à vous, Monsieur l’officier.

_  Madame, vous ne devriez pas permettre à une enfant si jeune de se promener seule sur les routes.  C’est très dangereux, en temps de guerre.  Mes hommages, Madame .

Il  claque des talons, salue et s’en va. Nous nous jetons dans les bras l’une de l’autre.

Il y a de braves gens partout.                                                                                  ligne-grise

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