Ne vous en déplaise

Thème: conte fantastique incluant la phrase «Ne vous en déplaise»

Ne vous en déplaise

« Les deux premiers, nous les avons désirés, planifiés. Mais la troisième (moi!) est arrivée sans crier gare, on ne sait pas comment! »
Cette petite phrase allait changer ma vie. Qui m’avait jeté dans cette famille? Comment? Pourquoi? J’étais peut-être un ange venu du ciel? Ou une fée, à qui on avait jeté un sort? Ou une princesse volée à mes lointains parents? Mille questions trottaient dans ma tête.
Un après-midi…

J’avais fait, je ne me souviens plus quelle bêtise, et Monsieur le Curé me grondait. Je le dévisageais avec insistance car il avait un peu de savon à barbe au coin de l’œil.
« Arrête de me regarder comme ça avec tes yeux de sorcière! »
Tes yeux de sorcière! C’était donc cela! Monsieur le Curé le savait lui, puisque c’était Jésus qui parlait par sa bouche. J’étais donc une sorcière!

Quand l’automne arriva, mon père, un fusil sur le bras, m’emmena dans la forêt, malgré les hauts cris de ma mère. « Elle est d’une sensiblerie exacerbée. Il faut que ça change! Je vais l’endurcir, moi! » dit-il.  Toi, tu ne parles pas, tu ne fais pas de bruit, tu restes toujours derrière moi, tu ne pleures pas, ajoutant tout ce que les parents savent inventer pour simplement nous dire d’être sages!
Nous voici donc partis, lui devant, moi derrière, trottinant de toute la vitesse de mes petites jambes de cinq ans. Dans ma tête, je fredonnais :

notes     Oh! fils du roi, tu es méchant,
c’est l’vent, c’est l’vent frivolant
tu as tué mon canard blanc
c’est l’vent qui vole, qui frivole

Soudain, un chevreuil apparut au détour d’un sentier. Qu’il était beau avec son grand panache, ses yeux doux!
Mon père épaula et visa.

… tu as tué mon canard blanc…

J’ai tout juste touché sa jambe. Instantanément, mon père disparut! À mes pieds, un canard blanc, tout étonné de se trouver là! J’ai regardé le chevreuil. Je l’ai distinctement entendu murmurer : « Merci, adorable petite sorcière! » Deux bonds gracieux, il s’évanouit dans le bois.

Ai-je vraiment vécu cet après-midi magique? L’ai-je rêvé? Soixante-dix ans plus tard, ce mystère titille encore mon esprit. Car j’ai gardé la même vision de moi : une adorable petite sorcière! Ne vous en déplaise.
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