Les Walkyries

Ma prime enfance je l’ai passée dans le calme, la joie, la beauté.

Hélas, à neuf ans, tout a changé: la guerre venait d’être déclarée

Les Walkyries

Au firmamentLes-Walkyries

Telles des Furies

Courent dans le vent

Bruit infernal

Dur et brutal

Qui fait trembler

Le monde entier.

Un jour l’ennemi est apparu saccageant tout sur son passage.

La peur au ventre, j’ai vécu comme chaque enfant de mon âge.

Il fallait se méfier de tout.  La délation faisait fureur.

Le danger, la mort étaient partout : le vainqueur était un tueur.

La faim finit par s’installer.  Le beurre était pour l’étranger.

Pour nous rutabagas, orties, topinambours et nouilles bouillies.

L’hiver, nous avons grelotté : plus de tissus, plus de charbon.

Au matin, notre souffle gelé frangeait les draps et l’édredon.

Les Walkyries

Au firmament

Telles des Furies

Courent dans le vent

Bruit infernal

Dur et brutal

Qui fait trembler

Le monde entier.

Cinq ans plus tard, tous nos alliés sont venus nous délivrer.

Mille bombes, mille obus sont tombés. C’était le prix à payer.

En moi la haine s’est installée qui devait durer des années.

Un enfant, c’est fait pour aimer ; certainement pas pour détester.

Plus d’un demi-siècle est passé. Il m’arrive encore de trembler.

Bien sûr, depuis, j’ai pardonné. Mais je ne peux pas oublier.

Les Walkyries

Au firmament

Telles des Furies

Courent dans le vent

Bruit infernal

Dur et brutal

Qui fait trembler

Le monde entier.

Si mon cœur est tellement triste,

C’est que les hommes n’ont rien compris.

Partout au monde, la guerre existe.

C’est le triomphe des Walkyries.

Novembre 1996

 

 

Leave a Response