Les papillons

Dieu est fatigué. Toute la semaine, il a travaillé sans relâche. Et depuis ce matin, il dessine, crée des papillons. Il baille. N’oubliez pas que, dans ce temps-là, les matinées duraient trois cent cinquante années de notre ère à nous.

Il baille, pose une rangée de points blancs sur le noir qui ourle l’orangé des ailes du papillon en devenir. Son crayon glisse seul, traçant un trait léger sur les ailes arrière et tombe.

Au bruit, Dieu se réveille en sursaut, prend une autre feuille de papier et recommence son croquis. Comme il est beau ce grand papillon orange vif, les ailes bordées de noir étoilé de deux rangées de points blancs. Les proportions sont parfaites. Dieu sourit et d’un souffle léger lui donne vie.

« Ce serait dommage qu’un geai bleu ne fasse qu’une becquée de toi! Tu pondras tes œufs sur des feuilles d’asclépiade qui vous rendront toxiques, ta chenille et toi. Si l’un d’eux essaie de te manger, il sera si malade que, de génération en génération, le souvenir s’en perpétuera. »

Le souffle de Dieu, vous le savez, est puissant. La petite esquisse en prend vie aussi.

– Et moi, Seigneur, pourrais-je aussi pondre sur l’asclépiade?

– Non, mon petit. Tu ressembles tant à ton cousin, qu’à ta vue seulement, les oiseaux auront des hauts de cœur. Vole en paix. Mais maintenant, je dois vous trouver un nom. Toi, mon tout beau, tu te nommeras Monarque, et toi, joli sosie, tu seras le Vice-roi.

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