Le portrait

 Thème : Peinture de Pietro Pérugino (1445-1523)
Que pense la jeune fille ?
Atelier animé par Danielle Dussault22 avril 2005
peinture-jeune-fille


(Brusque atteinte de syndrome de la page blanche. Ce tableau me laisse complètement froide.
Règle no 1 : regarder, écrire n’importe quoi qui touche à la contrainte énoncée.
Tiens! Un début d’inspiration. Morne, comme mes pensées. Et le flot de mots arrive… pour quelques lignes.
Rechute : Esprit vide. Écrire n’importe quoi de nouveau. Sur mon état d’âme.
Fin du temps imparti pour l’exercice. Je n’ai pas écrit un grand texte, mais j’ai répondu à la commande.)

 La Jeune Fille

Que cache donc ce regard, un peu niais? Ce regard qui se veut lourd mais qui masque mal l’envie de vivre, de mordre dans la vie? Car elle est certainement vivante, cette jeune demoiselle sainte-nitouche, tenue à l’immobilité pour l’artiste.
Regardez-la! Elle semble se moquer comme d’une guigne de l’instant présent si ennuyeux. Déjà son esprit vagabonde : dès que la séance sera terminée, elle ira rejoindre son amant et lui mimera ce peintre au drôle de chapeau!
Ils courront, ils riront dans les bosquets. Elle se laissera embrasser dans le cou, prenant bien soin de ne pas être vue, car elle doit rester pure, ou du moins en donner l’illusion. Comment sa gouvernante peut-elle croire qu’elle est encore une enfant alors que son corps a tant changé? Hier encore, elle se regardait dans son miroir : ses seins hauts et ronds, sa taille , son ventre, ses jambes, ses mains… tout est parfait, tout est femme.
Elle esquisse un sourire figé. Ses doigts, impatience maîtrisée, restent sagement étendus sur ses genoux. Elle attend, sans se douter que la vie n’est qu’une longue attente…

Comme j’attends la fin de la matinée, la fin de la panne d’idées. Car ce portrait ne me dit rien. Cette jeune fille trop sage, mais sûrement hypocrite, ne m’inspire pas. Cette peinture de Pietro Pérugino, incontestablement très belle, me laisse froide. Comment, dans ces conditions, écrire un texte qui se tienne?

Respirer à fond… Faire le vide en moi… une fois… deux fois… dix fois… Rien!
Bah! Aucune honte à avoir! Vivre l’instant présent du blanc d’écriture!
Tant pis pour la jeune demoiselle! Qu’elle reste dans son temps, moi, je reste dans le mien!

Au fait, cette jeune fille, a-t-elle vraiment inspiré Perugino, ou le peintre a-t-il tout simplement exécuté ce portrait sur commande, en panne d’empathie?
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