La vie du Compagnon du XVIIIe siècle à nos jours

La vie d’un Compagnon au XVIIIe siècle

Apprenti ou Aspirant

Lorsqu’un jeune décide de devenir Compagnon, il se présente au Siège compagnonnique de sa région. Il doit prouver qu’il possède les bases de son métier et fournir une preuve de son savoir-faire ainsi qu’un certificat de bonne vie, qu’il soit catholique ou protestant. Il doit également posséder ses propres outils. S’il n’en a pas, le Siège lui en fournira et il les remboursera sur une base hebdomadaire. On lui lira les règlements (le Rôle) et lui expliquera le décorum, l’ensemble des règles à observer et les sanctions en cas de dérogation.

La Règle est stricte : le respect de chacun s’impose, défense de se tutoyer dans les réunions et, en salle de réunion, tenue décente en tout temps, interdiction formelle de porter, au dehors, les insignes et les couleurs. Aucun écart toléré. De plus, toute infraction au Rôle, est sévèrement sanctionnée : amende pour manquement à la discipline à la cayenne, dans les assemblées, exclusion temporaire pour les fautes contre les mœurs, souvent bannissement définitif pour les délits contre l’honneur.

Il est inscrit, on lui remet son carnet de route. On lui indique l’adresse de la cayenne, auberge réservée aux Compagnons. Un compagnon l’y conduira jusqu’à la une ville de France désignée.

Arrivée à la cayenne. Il est présenté au rouleur, au compagnon reçu qui le guidera dans son apprentissage, puis à la Mère, la femme de l’aubergiste

Son carnet de route est déposé dans le coffre de la société, Il remet l’argent d’une semaine de loyer ainsi que sa quotte part à la caisse de solidarité.

Dès le lendemain, il commence son apprentissage.

La journée terminée. Chacun va dans la salle de cours ou à l’atelier. Un Maître Compagnon donne les cours.

Lorsque l’aspirant maîtrise une technique, elle est notée sur son carnet de route et l’aspirant est envoyé dans une autre ville avec conduite (accompagnement hors de la ville, selon un decorum précis)

Quand un patron a besoin d’un ouvrier, il le signale aux  Compagnons, soit de la Société du Devoir, soit de Liberté. Il doit cependant rester fidèle à la société choisie, car elles sont ennemies jurées. Un Compagnon est alors envoyé sur place et l’embauchage se fait selon des règles strictes. Lorsqu’un patron refuse le salaire moyen généralement consenti ou si les conditions de travail sont mauvaises, il risque d’être rayé des listes. Si plusieurs patrons se liguent, la ville entière peut d’être damnée par les Sociétés, c’est à dire ne plus être fournie en ouvriers. Par contre, lorsqu’un compagnon ne donne pas un ouvrage soigné ou qu’il manque de sérieux, après quelques remontrances, il est sanctionné pour délit contre l’honneur, pour avilissement de la Société.

Ainsi, chacun y trouve son compte : l’employeur est sûr d’avoir de la main d’œuvre qualifiée et l’ouvrier d’avoir de bonnes conditions de travail.

 Enseignement

L’apprentissage dure 1 à 2 ans, pendant lesquels il doit faire son chef d’œuvre. Toutes les techniques et astuces du métier leurs seront enseignées par des Compagnons reçus. Chacun évoluera à son rythme. Il n’y a pas de mauvais élève, mais de mauvais professeurs se plaisent-ils à dire.  Chaque aspirant et chaque Compagnon devant aller un peu plus loin que leurs possibilités.

La théorie sera donnée à l’auberge.

Le trait, ou stéréotomie sera enseignée par un Maître Compagnon  (Compagnon ayant terminé son Tour de France et ayant un chef-d’oeuvre de reception reconnu)

La stéréotomie est la science de la taille et de la coupe des solides employés dans la construction. Géométrie descriptive très complexe.

 Réception

L’aspirant doit alors choisir une cayenne pour sa cérémonie de réception selon le Devoir auquel il désire s’affilier

Le jour de la fête du saint patron de sa profession, si son chef-d’oeuvre d’adoption est accepté. il sera reçu. Auparavant, il devra Choisir son parrain et sa marraine, acheter un habit de cérémonie avec gibus.

Les rites de réception font partie des secrets du Compagnonnage.

Vers  onze heures, deux compagnons, avec canne et couleurs, vinrent le chercher…

Pendant plus d’une heure, la cérémonie initiatique se déroule dans le secret d’un lieu inconnu –

Enfin, on lui demande «Maintenant, que désirez-vous  voir?

Quelqu’un lui souffle la réponse :  « La Lumière »

On lui enlève son bandeau, on le fait s’agenouiller.

L’officiant préside au baptême. Devant le Rôle, respectueusement présenté par deux Compagnons, son parrain et sa marraine posent sur sa tête le chapeau ceint des couleurs fleuries, s’il est tailleur de pierre, accroche ses colleurs au veston si non.. L’officiant  le baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, du nom compagnonnique choisi par ses parrain et marraine

On lui présente la coupe d’amertume emplie de vin, d’eau, de vinaigre, de poivre et de beaucoup de sel. Il doit la boire jusqu’à la dernière goutte en essayant de ne pas trop grimacer, puis se rince la bouche à l’eau claire.

On l’habille, lui remet sa canne au pommeau marqué à son nom. Il portera son chapeau toute la journée, même à table, pendant trois mois, pour signaler son statut de nouveau compagnon, puis, pendant trois autres mois, les dimanches et jours de fête.

« Quelle est la devise du compagnon?

– TRAVAIL ET HONNEUR.»

Le parrain explique les signes de reconnaissance de la Société, les maximes d’identification valides ce semestre. Chacun leur donne le baiser d’alliance.

Son carnet de note est dûment rempli.

Le lendemain : grand banquet avec, bien entendu, la chaîne d’alliance, ronde formant uncercle ininterromu

Les signes de reconnaissance

Quand des compagnons se rencontrent, ils échangent des signes de reconnaissance,

S’ils ne sont pas de Société ennemie, ils font la guilbrette (accolade de reconnaissance), bras et cannes croisés. Le Compagnon doit alors mener boire l’arrivant et lui faire rencontrer d’autres Compagnons du même Devoir.

S’ils sont ennemis ils s’injurient et se battent parfois à mort

Les charpentiers, sur le Tour, apprendront leur alphabet. Il marqueront chaque pièce de bois avec le tranchant du ciseau. Ainsi, une charpente démontée pourra être remontée par un autre compagnon, même dans un autre pays. La reconstruction sera rigoureusement identique.

Alphabet-des-charpentiers

À la fin du Tour de France, le compagnon peut remercier sa Société. Il ne sera plus tenu de verser sa quotte part à la caisse de solidarité. Mais il restera Compagnon à vie.

N.B. Ceci est une description symbolique. Chaque Devoir (Société) ayant ses coutumes propres et discrètes.

De nos jours.

La symbolique est inchangée.

Les batailles à mort n’existent plus, remplacées par des conflits technologiques moralement tout aussi meurtriers.

Le Tour de France s’est élargi et peut devenir international. Il se fait évidemment en avion, train et bateau. Mais un Compagnon apprécie toujours une étape à pied, avec canne et chapeau.

Compagnons-2009

 

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