La robe que tu ne mettras jamais

 C’était le temps des Fêtes. Nos coeurs étaient emplis de chansons.

Il y avait des projets plein nos têtes.

Nous comptions le temps à reculons.

Huit jours encore!

De bon matin, ton grand-père, les yeux brillants,

M’a dit – « Je monte le sapin pour nos petits-enfants. »

Je suis allée magasiner, on oublie toujours quelque chose,

Acheter les derniers chocolats et un joli poinsettia rose.

Quand tout à coup, je l’ai vue!

Fière, légère comme une caresse, elle était là, suspendue,

La belle robe de princesse! Elle était toute en taffetas,

D’une blancheur hivernale, scintillante comme le frimas,

Avec des reflets d’opale.  Au col, un petit noeud bleu,

Fin, discret mais coquin. La ceinture, comme par jeu,

Étincelait de satin. Des volants très romantiques

Lui donnaient des airs féeriques.

Immédiatement, je t’ai imaginée, petit elfe tant aimé :

Ta douce peau de porcelaine et ton allure de souveraine

Convenaient à merveille à cette robe sans pareille.

Bien sûr, je l’ai achetée et, dans du beau papier, emballée.

Il y a huit jours, c’était Noël.

Ni tes parents ni toi n’êtes venus.

Je trouve le sort bien cruel, mais c’est la vie, n’en parlons plus.

La robe, que tu ne mettras jamais, nous la gardons précieusement.La-robe-que-tu-ne-metrtras-

Elle attend ton enfant désormais: tu la lui mettras sûrement.

Et si Dieu nous prête vie, sur ta fille, nous verrons, je le sais,

Fraîche, froufroutante et jolie,

La robe que tu ne mettras jamais.

1984

 

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