La porte

Thème: photo d’une vieille porte de ferme

 

Dans l’avion qui me ramène à elle, je la revois, la ferme de mon enfance. Au coeur de la France, en Bourgogne, en toute simplicité elle surveillait le paysage, les champs de vignes, les animaux et la ribambelle d’enfants que nous étions. En pierres sèches des champs, ocre les jours de soleil, grises les jours de pluie, elle était pour nous aventure et sécurité.

Au bout du bâtiment, l’étable. Et, au dessus, la réserve de fourrage. Que de souvenirs! Sa porte, presque toujours fermée, aurait pu paraître incongrue puisque aucun escalier n’en permettait l’accès. Elle ne servait que pour rentrer les fenaisons, à la fin de l’été, sur le tapis roulant de la moissonneuse.

Cette porte de bois, peinte en larges bandes vert foncé et blanc, servait de but à nos jeux de ballon, à nos essais de tirs de précision.Porte Mais derrière elle! On montait par l’échelle de l’étable et… à nous paille et foin!  Que de parties, de rires, de disputes, de cachettes!

Chère vieille porte aux charnières ouvragées de fer forgé! Complice de mes premiers émois! Complice de mes premières expériences amoureuses, es-tu toujours pudiquement close?

 Je roule doucement dans les rues du village. Le sentier me semble tellement plus étroit qu’au temps de ma jeunesse. Soudain, au détour : la ferme! Elle est là, abandonnée, entourée d’herbes folles. Mon regard remonte vers la porte. Délavée. Écaillée. Rouillée. Les pierres, autour d’elle, ont été grossièrement  cimentées d’un mortier blanchâtre. Triste à mourir. Je me sauve.

 Dans la chambre de l’hôtel, un miroir me  renvoie l’image d’une vieille femme aux cheveux blancs, tristement fardée pour masquer les ravages du temps. Je ferme les yeux.

Porte, Oh ma porte! Nous avons si mal vieilli, toi et moi!

Peinte en larges bandes vert foncé et blanc, ma porte, soudain me fait un clin d’oeil. Toujours complice, hein?

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