Intro ATELIERS D’ÉCRITURE

Eastman juin 2007
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Longueuil Mars 2016
Les participants ont entre 75 et 100 ans
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Animer ou participer à un atelier d’écriture est un vrai défi.

Un des objectifs de ce blog est de donner des idées de thèmes, d’adoucir le syndrome de la page blanche.

1LA PAGE BLANCHE

L’appétit vient en mangeant, l’écriture vient en écrivant. Une fois que vous vous êtes mis à écrire, la suite vient plus facilement.

 Le syndrome de la page blanchepeut être dû à la volonté tellement grande d’écrire un texte parfait, que toute idée qui vient à l’esprit de l’auteur paraît systématiquement mauvaise, de telle sorte qu’il devient alors impossible de débuter ou de compléter son œuvre.

Ce phénomène fait également référence à une peur, celle de la page blanche, est aussi désigné par le terme de leucosélophobie

La première solution : écrire, écrire, écrire …. tout ce qui vous passe par la tête sans vous censurer et sans vous inquiéter  de ce que pourront  penser vos futurs lecteurs. Autorisez-vous à écrire dans le désordre, peu importe s’il n’y a pas beaucoup de sens, vous aurez bien le temps de tout revoir. Considérez cet exercice comme une sorte d’échauffement. Une façon de rentrer dans l’océan progressivement pour constater finalement que l’eau n’est pas aussi froide qu’elle y paraissait.

Comment débuter un texte quand l’inspiration n’est pas instantanée.

  • Ø Lire attentivement le thème et les consignes.
  • Ø Poser plume et crayon
  • Ø Fermer les yeux, respirer lentement par le ventre si possible
  • Ø Mentalement se redire le thème
  • Ø Se faire une banque de mots, une tirelire
  • Ø Utiliser, si besoin, une ‘’ phrase-démarreur’’.
  • Ø Ébaucher en 3 ou 4 mots, le début et la fin de votre histoire
  • Ø Choisir dans la banque de mots le début du fil d’Ariane

L’inspiration ne vient toujours pas? Commencer à écrire tout ce qui vous passe par la tête avec les mots du theme (écriture automatique). Il sera toujours temp d’effacer les phrases farfelues plus tard . Car le blocage finira tôt ou tard par disparaître.

Exemple de Banque de motsUntitled-1 copy

Pas le temps de finir? Qu’importe?

Règle d’or, dans un atelier d’écriture: Ne pas penser au chronomètre : écrire, écrire, écrire

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 Thème : Peinture de Pietro Pérugino (1445-1523) Que pense la jeune fille ?
Atelier animé par Danielle Dussault22 avril 2005
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(Brusque atteinte de syndrome de la page blanche. Ce tableau me laisse complètement froide. Règle no 1 : regarder, écrire n’importe quoi qui touche à la contrainte énoncée. Tiens! Un début d’inspiration. Morne, comme mes pensées. Et le flot de mots arrive… pour quelques lignes. Rechute : Esprit vide. Écrire n’importe quoi de nouveau. Sur mon état d’âme. Fin du temps imparti pour l’exercice. Je n’ai pas écrit un grand texte, mais j’ai répondu à la commande. Ah, si j’avais fait une banque de mots!)

La Jeune Fille

Que cache donc ce regard, un peu niais? Ce regard qui se veut lourd mais qui masque mal l’envie de vivre, de mordre dans la vie? Car elle est certainement vivante, cette jeune demoiselle sainte-nitouche, tenue à l’immobilité pour l’artiste. Regardez-la! Elle semble se moquer comme d’une guigne de l’instant présent si ennuyeux. Déjà son esprit vagabonde : dès que la séance sera terminée, elle ira rejoindre son amant et lui mimera ce peintre au drôle de chapeau! Ils courront, ils riront dans les bosquets. Elle se laissera embrasser dans le cou, prenant bien soin de ne pas être vue, car elle doit rester pure, ou du moins en donner l’illusion. Comment sa gouvernante peut-elle croire qu’elle est encore une enfant alors que son corps a tant changé? Hier encore, elle se regardait dans son miroir : ses seins hauts et ronds, sa taille , son ventre, ses jambes, ses mains… tout est parfait, tout est femme. Elle esquisse un sourire figé. Ses doigts, impatience maîtrisée, restent sagement étendus sur ses genoux. Elle attend, sans se douter que la vie n’est qu’une longue attente…

Comme j’attends la fin de la matinée, la fin de la panne d’idées. Car ce portrait ne me dit rien. Cette jeune fille trop sage, mais sûrement hypocrite, ne m’inspire pas. Cette peinture de Pietro Pérugino, incontestablement très belle, me laisse froide. Comment, dans ces conditions, écrire un texte qui se tienne?

Respirer à fond… Faire le vide en moi… une fois… deux fois… dix fois… Rien! Bah! Aucune honte à avoir! Vivre l’instant présent du blanc d’écriture! Tant pis pour la jeune demoiselle! Qu’elle reste dans son temps, moi, je reste dans le mien!

Au fait, cette jeune fille, a-t-elle vraiment inspiré Perugino, ou le peintre a-t-il tout simplement exécuté ce portrait sur commande, en panne d’empathie?

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LA PLUIE

Tel un amant sous les doigts de sa bien-aimée,

L’arbre frémit d’amour, titillé par la pluie.

Les fleurs dépoussiérées, lavées par l’ondée

Pavanent de bonheur et de coquetterie.

Regardez comme elles sont devenues brillantes

Au milieu de l’herbe gonflée de fierté !

Je les trouve belles, attendrissantes,

Quand, la tête inclinée, par fausse humilité,

Elles tentent de cacher leurs secrètes pensées.

Car, je suis certaine qu’à ce moment précis,

Elles n’ont qu’un seul désir : être mariées

Aux rayons du soleil par l’orage surpris.

Ils s’enlaceront. Et le parterre comblé

Aura ce doux sourire à la Mona Lisa,

Du galant satisfait, en tout point rassasié.

Moi, devant ce tableau, j’atteins le nirvana !

 J’aime, j’aime la pluie!

J’aime, j’aime la vie!

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2- LA  RÉVISION

L’écriture, c’est10% de talent pour 90% de transpiration

Dans un atelier d’écriture, on ne peut espérer écrire un chef d’œuvre. L’atelier est là d’abord pour initier l’écriture (combattre le syndrome de la page blanche) et, tout doucement  vous donner confiance en vos possibilités.

Raconter ses souvenirs par écrit est un excellent début. Petit à petit votre champ littéraire s’élargira.

Mais, quelque soit votre niveau, il vous faudra travailler  votre texte. Comment? Par la relecture et la révision.

Il existe sur Internet et dans les librairies d’excellents articles et livres sur ce sujet.

Dans mes ateliers, je demande aux participants de relire leur textes au moins huit fois, selon la pyramide ci-dessous. C’est fastidieux mais indispensable, quelque soit la longueur de l’écrit. Les écrivains chevronnés peuvent passer trois mois à écrire un livre et trois ans à le corriger. À titre d’exemple, La chaîne d’alliance m’a demandé cinq ans de préparation.

Comment réviser un texte.

    Procédez par étapes :

1.         Congruence des séquences  – Verbes temps & choixla-revision

2.         Développement des caractères, de l’ambiance

3.         Structure de l’intrigue et du texte

4.         Construction des phrases

5.         Description et/ou Dialogue

6.         Thème  (Pas d’errance, d’égarement, de bifurcation, de verbiage…)

7.         Ponctuation et Orthographe.

8.         Amorce et Conclusion

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Thème : Premier appartement des jumeaux

Gilbert faisait son Tour de France.

Gisèle, maintenant diplômée, restait avec sa  mère dans la banlieue parisienne. L’école des Sages-femmes lui avait  offert  un poste : quarante-huit heures de garde, quarante-huit heures de repos.

Bientôt, elle se lassa de prendre le train et loua un appartement près de la Maternité. Un petit F2, au 4e  étage, sans ascenseur. Indépendance, liberté, Paris nuit et jour : le bonheur parfait. Mais… habituée à toujours trouver la maison propre, son linge lavé et repassé, les repas préparés, Mademoiselle Gisèle déchanta rapidement. Elle regretta sa décision.

_ Maman, je crois que je me suis trompée en prenant un appartement.

_ Ah oui? C’est bien la première fois que je te vois reconnaître une erreur. Explique-toi.

_ Je n’aurais jamais dû te laisser seule. Gilbert est toujours absent. Tu es toujours seule dans cette grande maison. Tu dois t’ennuyer. Et si tu es malade, qui te soignera?

_ J’attends la suite…

_ Je vais revenir près de toi.

_ C’est à dire?

_ Je veux revenir à la maison.

_ Je regrette ma fille. Je vous ai toujours dit, à ton frère et à toi, que la vie n’était pas une girouette qui tourne à tout vent. Je vous ai répété depuis votre plus tendre enfance, qu’avant de prendre une décision, si petite soit-elle, on doit peser le pour et le contre. Une fois la décision prise, on assume. Tu as voulu prendre ton essor, être libre. À vongt et un an, c’est bien normal. Alors, vis ta vie, ma fille.

Si tu tombes malade ou si tu as un gros pépin, je serais toujours là et la maison toujours ouverte. Sinon, débrouille-toi, tu en es capable.

_ Mais toi, tu es seule!

_Ne crains rien, Gisèle. Je ne m’ennuierai jamais. Tes grands-parents sont toujours à côté, Je les verrai tous les jours. Depuis la mort de votre père, il y a vingt ans, j’ai travaillé d’arrache-pied pour vous élever, pour payer la maison. Je n’ai jamais eu de vrai repos. Je vais penser un peu plus à moi. Pour commencer, cet été, je vais rendre visite à une amie, à New-York. Mon premier mois de vacances! Non, je ne m’ennuierai pas. Toi aussi vole de tes propres ailes avant de te marier, d’avoir des enfants. À ce moment-là, tes ailes seront rognées pendant quelques années. Et moi, rattrapée par la vieillesse, je serai là pour t’aider à voleter. C’est la vie, ma Chérie. Va!

 Erreurs décelées lors de la revision

Congruence des séquences  1 Gilbert est oublié↔ Ajout
Verbes et choix  2

5

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Restait   ↔ Imparfait : habitude dans le passé

Se lassa↔ Passé simple: action soudaine

Je   crois↔ présent de narration

.. sont : remplacé par habitent …   verbe d’action

Caractères et ambiance  9 Gisèle   reste indépendante, pédante, manipulatrice
Structure   de l’intrigue, du texte   10 Sa   mère est méfiante. Demande des explications
Construction   des phrases du dialogue 11

17

 

 

 

 

 

 

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J’ai remplacé te laisser seule   par te quitter pour éviter la répétition de seule.Phrases courtes : la mère s’informe – la fille ne veut pas dire   les vraies raisons de sa requête

Suit une alternance de phrases courtes ou mi- longues :

– Refus percutant : 4 mots.

– 2 phrases plus longues qui résument 20 années.

– 4 courtes phrases. On sent la colère de Marie-Hélène devant la   manipulation et l’égoïsme de Gisèle.

– alinéa et saut de ligne : l’amour maternel reprend le dessus

– Phrase courte, Gisèle sait qu’il est inutile d’insister

Sa mère est fâchée devant tant d’égoïsme

Les chiffres de la 2e colonnes correspondent aux numéros des lignes dans le texte original.